Vers plus d’autonomie alimentaire à Bruxelles : et si on changeait de paradigme?

On entend souvent que même en utilisant au maximum les surfaces disponibles (toitures, terrasses, balcons, jardins, caves, friches etc.) afin de cultiver et donc de produire de la nourriture à Bruxelles pour les Bruxellois, cela ne suffira pas à nourrir tout le monde.

Cette vision tient compte de l’état actuel de notre ville et de ses sols. Mais n’envisage pas un changement de paradigme lié à leur minéralisation.

Et si, en plus d’utiliser les espaces existants, on ‘libérait’ une grande partie de nos sols tout en les régénérant?

En effet, le taux d’imperméabilisation des sols en Région de Bruxelles capitale, actuellement connu, est de 47% (chiffre de 2006). Bruxelles Environnement compte actualiser ce taux prochainement via une nouvelle analyse des images satellite mais selon une étude néerlandaise publiée dans Bruzz en février dernier, ce taux avoisinerait aujourd’hui les 52%. Hors 70% de ces sols imperméabilisés le sont pour l’usage de la voiture (route et stationnement). Et ces voitures ne sont réellement utilisées en moyenne que 10% du temps.

La crise du corona virus que nous traversons actuellement a mis en exergue pendant le confinement ce déséquilibre entre la place qu’occupe réellement les modes de déplacements et la place qu’on leur octroie; mais aussi, la moindre part de végétal par rapport au minéral dans certains quartiers bruxellois, et ce, au regard des enjeux climatiques que nous allons devoir affronter et notamment dans nos villes (canicules, précipitations importantes etc.).

La prochaine crise pourrait être alimentaire et il est grand temps de commencer à nous adapter.

Ainsi, ne devrions-nous pas sérieusement nous mettre à envisager l’espace public en termes d’usage(s) du sol pour arriver à un système beaucoup plus résilient? Que l’espace public redevienne un  bien commun, qui permettrait notamment de créer une ville davantage nourricière?

Il y a encore un siècle de cela, se garer dans l’espace public était interdit à Bruxelles. Une loi a dû être créée afin que cela change, jusqu’à en arriver aujourd’hui à ce que cela devienne la norme. Mais cette norme peut changer. Il suffit d’imaginer…et d’oser!

Ainsi, en février dernier, un couple de schaerbeekois a aménagé devant l’entrée de son garage inutilisé un petit ‘jardin’ dans un grand bac en bois, ouvert à tous les habitants du quartier : chacun pouvait y planter et y récolter ce qu’il voulait. Malheureusement, cela n’a pas plu aux autorités locales qui a récemment fait retirer ce petit coin de nature comestible.


Photo extraite de l’article de la RTBF du 12 juin 2020 ‘Schaerbeek: c’est un petit jardin… Qui ne fait pas l’unanimité

Mais c’est ce genre d’initiative qui va dans le sens d’un changement de regard et de paradigme.

La preuve, suite au retrait du bac par la commune, une cinquantaine de riverains se sont rassemblés devant la maison en signe de soutien et la plupart ont apporté une plante.


Photo extraite de l’article de BX1 du 20 juin 2020 ‘Schaerbeek : des riverains se rassemblent pour honorer le jardin citoyen disparu’

Et il faut aller plus loin…d’un côté, de toute urgence stopper l’élargissement de la minéralisation de nos sols (en appliquant notamment les principes d’urbanisme circulaire) et en parallèle, commencer à les déminéraliser.

Fou? Impossible? Compliqué?

Pourtant, ailleurs, d’autres le font déjà. Des projets de débétonnage participatifs existent notamment aux Etats-Unis (Depave) et au Canada (Sous les pavés).

 

 

 

 

 

Photos tirées du site depave.org

Il faudra bien sûr tenir compte de la pollution de ces sols une fois l’asphalte ou les pavés retirés et en fonction adapter le type de plantations, mais un potentiel énorme s’ouvre à nous à partir du moment où l’on envisage cette possibilité.

Et si l’on se dirige vers une diminution de la place de la voiture en ville, le fait de cultiver en son coeur sera moins problématique quant à la pollution de l’air.

Aussi, augmenter la part de ‘vert’ partout dans nos quartiers, dans le moindre interstice (oreilles de trottoir, bermes centrales, places etc.) et pas uniquement dans les espaces dédiés à cela (parcs, forêts), et donc côtoyer cette nature en permanence, nous permettra de nous reconnecter à nouveau à cette dernière et peut-être de revenir vers une meilleure connaissance des plantes sauvages comestibles et de leur utilisation en cuisine.
Reste à entamer ce gigantesque chantier avec les citoyens et les communes. C’est ce que l’ASBL ‘Less béton’ compte bien démarrer dès 2021 en organisant des chantiers participatifs afin de débétonner l’espace public avec les habitants de Bruxelles Capitale.
Le sol ainsi rouvert pourra à nouveau rendre un maximum de services éco-systémiques et espérons-le, élargir les perspectives d’agriculture urbaine pour notre capitale bruxelloise.
Laetitia Cloostermans

 

 

 

 

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